jueves, 10 de agosto de 2017

À TOURNON-SUR-RHÔNE

POUR COMMEMORER LE TRÉPAS DU DAUPHIN FRANÇOIS
(ET DE SON ÉCHANSON, SÉBASTIEN DI MONTECUCCOLI)

À TOURNON-SUR-RHÔNE
Une tragédie royale historique
en sept chants plus un...

CHANT 0.
INTRODUCTION.
Je connais une petite ville
de province de vieille France,
où j'étais le passé lustre
et j'ai eu beaucoup de chance:
j'ai resté, ce soir, rêveuse,
sur le pont sur Rhône debout...
pendant ce si bref séjour là
il me semblait que partout
il y avait une présence
veillant sur moi à Tournon:
quelq'un jeune, beau, brave, affable,
qui semblait crier mon nom...
Ce soir, j'avais l'impression
qu'il veillait alors sur moi...
et, malgré que de cette affaire
il y a passé un lustre déjà,
du récit qu'il racontait donc
je me souviens encore;
son histoire -- remplait mes rêves --
du coucher jusqu'à l'aurore...

CHANT I.
L'ÉPOQUE.
Tournon était un village,
et la France un vaste royaume:
c'était des Valois le siècle,
des châteaux, du jeu de paume...
il y avait un dans ces terres,
quand le Roi et son entourage
s'arrêteront un beau jour d'août
dans le château du village --
des soldats, dans les chaumières --
des lieutenants, dans les manoirs --
car c'était en temps de guerre,
de ces guerres, par hasard!
Tous donc à Tournon-sur-Rhône
sont venus passer la nuit,
s'arrêtant dans cette longue marche
qui porte jusqu'au Midi,
à affronter le Kaïser Charles,
qui est parti en Provence,
et venger l'ancienne défaite
de Pavie: cette fois, la France
n'allait pas sonner la rétraite!
Avant ça, d'autres batailles
ont eu des victoires françaises bien faites!

CHANT II.
OÙ EST-IL?
C'est jour de conseil de guerre
dans le château de Tournon:
le Roi et ses généraux là
causant sur la guerre sont --
mais, autour de la grande table,
il y manque un jeune garçon!
Où est l'héritier au trône,
où est ce joli trilustre,
du royaume de vieille France
le garçon le plus illustre?
Où est le Dauphin, appellé
comme l'auguste père, François --
cet adolescent, espoir vif
de la Maison de Valois?
Quand on arrive à la mer, ça
sera son baptême de feu,
et le garçon un jeune homme
sera, brave et courageux,
combattant dans des vraies batailles...
"Tenant en main sa raquette,
il a tôt quitté sa chambre --
-- quand il a une idée dans la tête,
le dissuader est impossible --
Donc, sans nous dir au revoir,
il se trouve au jeu de paume,
il retournera avec le soir".
Le roi François cela écoute,
on suspend le conseil de guerre --
"parfois demain il viendra donc,
il n y a pas rien a faire".
On va donc lire, peindre, danser...
et plusieurs grands du royaume
ont pris aussi leurs raquettes
pour aller au jeu de paume.
Et après eux vient aussi, donc,
un blond garçon de livrée,
qui porte dans la main droite
un beau flacon argenté,
et des verres dans la senestre...
"Il doit déjà être altéré...
N'esperez pas donc, Altesse,
on va donc vous désaltérer!"
Ce garçon, aussi trilustre,
qui s'appelle Sébastien,
est le fidèle confidant
et l'échanson du Dauphin:
le jeune François ne cache
de son Ganymède pas rien.
Il sait que toujours son maître
partira avec la raquette,
il porte toujours, on sait, donc,
de l'eau de roses fraîche, prête,
pour rafraîchir celui qu'il aime.
C'est alors que ce serviteur
envers le jeu de paume part
qu'il trouve un garçon plus jeune,
plus sérieux, aux idées noires,
et salute tout souriant donc
l'austère prince cadet, Henri,
qui croit que le droit est sien à
hériter la dynastie...
qui a été jusqu'à aujourd'hui l'ombre
de l'aîné, du favori...
Et, quand près du prince cadet, donc,
passe le jeune échanson,
sans qu'il ça rémarque, Henri verse
quelque chose dans son flacon --
après ça, un regard sinistre
brille dans les yeux du cadet,
en pensant, sans dir pas rien, à
la sort de son frère aîné...

CHANT III.
LE JEU DE PAUME.
Le soleil d'août très brûle
les belles collines de Tournon
-- c'est l'été plus sec et chaud, oui,
qu'a connu cette région --
pendant qu'au jeu de paume
marche le jeune échanson --
son maître a pris la raquette
et joue au plein jour d'été...
mais François, ardent et jeune,
est toujours prince héritier!
Des raquettes qui frappent les balles,
des plus hauts cris de bonheur --
"Qu'il remporte la victoire,
que cette eau passe à son coeur!"
On voit des coups de raquette
dans ce nuage de poussière
qui couvre le jeu de paume --
on ne pense pas à la guerre,
mais aux coups et aux services,
à droite et à gauche courant,
à frapper la balle de paume
loin des bras du contrincant.
"Pourquoi pendre la raquette
et se ceignir donc l'épée;
pourquoi, sur les champs de guerre,
un régiment commander?"
Il veut plus de jeu de paume,
pas du tout en guerre aller.
Il n'a que vie dans les veines,
il est en parfaite santé...
Ce jeune prince suivant au trône,
doux et confiant de coeur,
aux manières vives et pétulantes,
brave de ces jours estivaux, donc,
la plus ardente chaleur:
dans ses veines adolescentes
est pareil, ou plus, l'ardeur.
Sans sa chemise, laissant voire
quel demi-dieu était là,
d'un zèle d'écolier jouait donc
là l'héritier des Valois:
ses yeux fixes sur la balle,
tenses ses jambes et ses bras,
au front transpirant collés
ses boucles châtaigns foncés.
L'avantage dans cette partie est
doublement divertissant:
l'embonpoint de l'adversaire
rend sa réposte fatigante --
ainsi, le jeune partenaire,
François, s'amuse doublement.

IV.
LA SOIF ÉTANCHÉE.
N'est pas étrange, que François est
le vainqueur de cette partie,
mais il est loin de pas exhauste,
malgré qu'il est jeune et hardi:
avant la proxime partie, il
faut réposer tout son être:
il sent le coeur qui lui frappe
fort les côtes du sein senestre;
son bras droit n'a pas de forces
même pour lever la raquette,
ses jambes sont donc trop lourdes, 
tout danse autour de sa tête;
il transpire, il suffoque;
la poussière qu'il a aspiré
lui serre et lui laisse sèches
la bouche, la gorge, le gosier...
"Ah, Sébastien, quelle chance!
Viens, mon fidèle échanson!
Viens ici, remple mon verre
et porte aussi le flacon!"
"Les voeux de Son Altesse sont ordres",
et, ainsi dit, ainsi fait --
rapprochant le verre aux lèvres,
altéré, François de Valois
vide son verre d'un seul trait --
et puis, après que le visage
transpirant il s'a lavé,
il absorbe un autre verre:
oui, qu'il était assoiffé!
Oui, que cette fraîche eau de roses
coule aisément par le gosier!
Puis les deux garçons y causent
du jeu de paume, de ces terres,
de comment seront les choses
à l'heure de partir en guerre...
sa raquette tenue en main droite,
dans la senestre son verre...
et puis, une autre partie --
d'une courte vie la dernière!
La soif qui l'oppresse ardente
est à peine étanchée du verseau
que la fraîcheur de cette eau
glace ses sens et sa tête brûlante!

CHANT V.
L'ACCUSATION
Le soleil n'a pas se couché
quand un nombreux entourage
est arrivé au jeu de paume
des prochains château et village...
des courtisans et des dames,
des soldats et des valets,
et aussi des officiers,
venus de Tournon-sur-Rhône
pour ordres du roi son père;
on réclame l'héritier, donc,
dans un autre conseil de guerre...
"mais on doit attendre une heure", donc:
une subite indisposition
survenue a François de Valois
retarde le retour a Tournon:
On l'entoure, et on s'alarme --
ça n'est pas un canular --
il avance pâle, chancelant,
deux officiers le soutenant,
il jette à terre sa raquette
et se trouble son regard!
"Il me faut rejoindre mon pêre,
il me faut, bien tôt... aussi...
qu'on rétablisse et soulage
mes entrailles endolories...
pourfendues comme d'une arme blanche...
comme d'un brûlant... coup d'épée..."
Il respire très difficilement
et sent son ventre frappé:
on s'alarme tout à l'heure --
le Dauphin est empoisonné!
"Cherche-moi un cordial, Sébastien,
une boisson édulcorante,
que mon corps brûle au-dedans!"
Et ces sensations alarmantes
ont fait que l'échanson, a la hâte,
parfois accusé de traître,
s'empêche au soin d'étancher
la soif de son pauvre maître!
Mais, pendant qu'il est parti,
on écoute les chuchoter
autour du même prince Henri...
Et courtisans et officiers
pensent au jeune échanson,
le favori étranger,
ce petit comte italien
des terres de Charles-Premier...
et donc, frappés de stupeur,
a cette intrigue ils ont pensé:
"Où était celui pendant
que son maître s'amusait?
Bien sûr, caché dans sa chambre,
le flacon il préparait...
Voilà l'ennemi vaincu,
qui empoisonne donc nôtre espoir!"
Cette fausse accusation
plonge dans tous eux ce soir...
"Voilà, le Dauphin pâlit
et se tord sous la douleur:
il faut arrêter le traître
pour nous porter le bonheur!"
Couché sur un siège long,
en proie aux plus vives souffrances,
le royal joueur de paume
ne sait pas rien de cette malchance,
en perdant la connaissance!
Les courtisans et officiers,
au retour de l'échanson,
s'ont empêchés à lui prendre
et lui arracher le flacon!
"Souffrirez-vous qu'on vous enlève
vôtre plus fidèle serviteur?"
Ce voeu brise, dans François,
l'inconscience et la douleur,
puis, en respirant à la hâte,
il plonge encore dans le rien!
Mais il a dit, d'une voix faible:
"N'accusez pas mon bon Sébastien,
je ne suis pas empoisonné..."
Maintenant, on a décidé
que le comte Sébastien
restera prisonnier jusqu'au parfait
rétablissement du Dauphin!
L'échanson, mal accusé,
dut alors se résigner,
mais il démande un dernier voeu,
et baise, en forme d'adieu,
la main droite de l'héritier...
Celui se réveille et dit,
sa voix faible, mais douce encore:
"Patience, mon loyal échanson,
dans trois jours tout sera fini,
et tu viendras me rejoindre."
Puis, il ferme ses yeux d'azur,
et on prend le comte, bien sûr.
Et la raquette avec lui...
maintenant que, dans Sa Altesse,
dans ses jeunes veines, passe
du poison l'ardente trace.

CHANT VI.
LES TRÉPAS
Trois jours après cette partie,
au beau château de Tournon,
et pas de conseils de guerre...
car quelle indisposition
du prince héritier va pire --
dans son lit, il s'agite, il délire,
difficilement il respire,
et son coeur, si jeune et ardent,
frappe ses côtes, pas s'arrêtant!
Maintenant, le faux accusé,
l'échanson emprisonné,
dans une celle, dans une tour,
a dit, sur le lit de Procuste,
que les généraux des Habsbourg
lui ont fait un joli offre --
cela n'est pas vrai, mais il
voulait laisser le Roi tranquille,
et, d'autrefois, on trouva
un sauf-conduit impérial
et des livres d'empoisonnement
dans sa chambre --ne pas là
que c'est l'endroit où les trouver --
c'était oeuvre du prince cadet!
Et ce troisième jour, enfin,
entouré de médécins,
dans son beau lit de brocard,
le prince trilustre, François,
l'espoir de tous les Valois,
plonge par toujours dans le noir.
Son coeur, sa respiration,
le feu qui brûle ses entrailles,
les joues roses, les yeux qui brillent...
de ses souffrances délivré,
il reste immobile, changé,
tout son être est pâle, glacé:
on ne dit pas endormi!
Là dans, le sang était si ardent,
et le coeur plein, réchauffant,
d'espoir et d'inspiration,
d'élan, d'intense rêverie...
où sont parties cettes passions?
Cette raquette pour lui si chère,
la peur de partir en guerre...
pour lui, n'importe pas rien.
Après trois jours de lutte honnête,
la vie a trouvé sa défaite.
Et le comte Sébastien?
De lui, on ne dit pas rien --
après qu'il eut son châtissement:
un cheval à chaque éxtremité,
sur l'esplanade, on lui a lié:
l'échanson fut écartelé vivant!
Il eut donc la mort d'un traître --
et son jeune royal maître
est pleuré dans toute la France:
dans chaque ville, en deuil toutes les fenêtres,
en lit de parade on promène son être
et pleure la fin de sa chance.
Comme une flamme dans l'orage,
comme un arc-en-ciel dans les nuages,
comme dans les glaces une fleur --
mort avant sa première guerre,
l'aîné royal est porté en terre --
à Vienne, l'église eut et a son coeur.
Mais pas de Charles la capitale --
-- la petite Vienne de vieille France --.
Le corps sans coeur reste à Paris,
enterré a Saint-Denis.
Les monarques réclament la trêve:
le Valois se sent coupable
de ce qu'à son fils aîné a fait Charles
et de l'avoir adverti rêve...
L'Habsbourg comprend cette tristesse,
car son épouse Isabelle,
décédée, dans la même détresse
lui a plongé...
c'est un autre roi blessé...
Et la guerre fut aplacée,
et Henri prince héritier,
déjà sans son frère aîné,
et puis couronné roi de France...
(Mais décades après, on verra,
d'un autre coup de malchance,
une lance plonger dans son oeil droit:
de cette forme brutale il mourra!)

CHANT VII.
ÉPILOGUE
En me réveillant, ce jour donc,
en prenant congé de Tournon,
je pris congé de deux présences:
car c'étaient deux adolescents,
habillés comme dans une pièce de Shakespeare,
qui, en me regardant et souriant,
m'ont souhaité toutes les chances.
L'un était châtaign foncé,
dans sa main droite une raquette --
il portait bien haute la tête;
l'autre, blond et plus fragile,
tenait des verres et un flacon,
comme si il était un échanson...
Et moi, née sur le Verseau,
et jeune, et rêveuse, ces beaux
garçons j'ai voulu décrire --
la trame de leur tragédie,
la fin de leurs courtes vies,
jusquà leur ensevelir.
Alors, un beau lustre après
les évenéments de Tournon,
je les ai décrits --voit-on!
Et, si vous passez pour là,
pensez à François de Valois
et à son fidèle échanson.

Ceci est une histoire réelle.
François de Valois et Sébastien (Sebastiano) di Montecuccoli
sont décedés des manières décrites ici avant la vingtaine d'ans,
le 10 août 1536.

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