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lunes, 18 de diciembre de 2023

ART HISTORY ADVENT CALENDAR - DAY 18

 Week of Creativity

18th of December - Light, Love, Life



I come with three blessings:

Light, Love, Life.

With three blessings I come:

Love, Life, Light.

With three blessings, Yours Truly:

Life, Light, Love.


viernes, 30 de diciembre de 2022

TSQ-IV LIKE NEVER BEFORE!!!

 The edition of The Snow Queen I have wished for and will get for Wise Men's or 31st birthday gift this year, published by Edelvives here in Spain and by Albin Michel Jeunesse in its original France for both publishing companies' lineup or series of Illustrated Classics, has the GOAT (Greatest Of All Times) of Fourth Stories adapted directly from the source material. Illustrations by Aliocha Gouverneur with a really good-looking golden-haired Clever Princess and nutbrown-haired Dashing Prince in Slavic garb, robed in autumn leaves and precious gems (just overlook the mildly racist for our day ethnic manservant, anyway, they had ethnic servants for exotism at early modern royal courts!) accompany Louis Moland's 1873 public domain translation (from the Danish?) in the French edition published by Albin Michel Jeunesse, and a brand new (2022) translation by Alejandro Tobar in the Spanish edition published by Edelvives. Gouverneur is not only influenced by Slavic art, but also by Art Nouveau and Symbolism.

And thus, without further ado, may I introduce my favourite subplot told like never before!



Traduction de Louis Moland.
Garnier, 1873


La Reine des Neiges/4


QUATRIÈME HISTOIRE

PRINCE ET PRINCESSE





Dans le royaume où ... règne une princesse qui a de l’esprit comme un ange. C’est qu’elle a lu toutes les gazettes qui s’impriment dans l’univers, et surtout qu’elle a eu la sagesse d’oublier tout ce qu’elle y a lu. Dernièrement, elle était assise sur son trône, et par parenthèse il paraît qu’être assis sur un trône n’est pas aussi agréable qu’on le croit communément et ne suffit pas au bonheur. Pour se distraire, elle se mit à chanter une chanson : la chanson était par hasard celle qui a pour refrain

Pourquoi donc ne me marierai-je pas ?

«Mais en effet, se dit la princesse, pourquoi ne me marierai-je pas ? » Seulement il lui fallait un mari qui sût parler, causer, lui donner la réplique. Elle ne voulait pas de ces individus graves et prétentieux, ennuyeux et solennels. Au son du tambour, elle convoqua ses dames d’honneur et leur fit part de l’idée qui lui était venue. « C’est charmant, lui dirent-elles toutes ; c’est ce que nous nous disons tous les jours : pourquoi la princesse ne se marie-t-elle pas ?

Donc, les journaux du pays, bordés pour la circonstance d’une guirlande de cœurs enflammés entremêlés du chiffre de la princesse, annoncèrent que tous les jeunes gens d’une taille bien prise et d’une jolie figure pourraient se présenter au palais et venir deviser avec la princesse : celui d’entre eux qui causerait le mieux et montrerait l’esprit le plus aisé et le plus naturel, deviendrait l’époux de la princesse.
Oui, oui, c’est comme cela que les choses se passèrent ;

Les jeunes gens accoururent par centaines. Mais ils se faisaient renvoyer l’un après l’autre. Aussi longtemps qu’ils étaient dans la rue, hors du palais, ils babillaient comme des pies. Une fois entrés par la grande porte, entre la double haie des gardes chamarrés d’argent, ils perdaient leur assurance. Et quand des laquais, dont les habits étaient galonnés d’or, les conduisaient par l’escalier monumental dans les vastes salons, éclairés par des lustres nombreux, les pauvres garçons sentaient leurs idées s’embrouiller ; arrivés devant le trône où siégeait majestueusement la princesse, ils ne savaient plus rien dire, ils répétaient piteusement le dernier mot de ce que la princesse leur disait, ils balbutiaient. Ce n’était pas du tout l’affaire de la princesse.





On aurait dit que ces malheureux jeunes gens étaient tous ensorcelés et qu’un charme leur liait la langue. Une fois sortis du palais et de retour dans la rue, ils recouvraient l’usage de la parole et jasaient de plus belle.

Ce fut ainsi le premier et le second jour. Plus on en éconduisait, plus il en venait ; on eût dit qu’il en sortait de terre, tant l’affluence était grande. C’était une file depuis les portes de la ville jusqu’au palais.

Ceux qui attendaient leur tour dans la rue eurent le temps d’avoir faim et soif. Les plus avisés avaient apporté des provisions ; ils se gardaient bien de les partager avec leurs voisins : « Que leurs langues se dessèchent ! pensaient-ils ; comme cela ils ne pourront pas dire un mot à la princesse ! » 
Quand parut-il ? Était-il parmi la foule ?

Nous arrivons justement à lui. Le troisième jour on vit s’avancer un petit bonhomme qui marchait à pied. Beaucoup d’autres venaient à cheval ou en voiture et faisaient les beaux seigneurs. Il se dirigea d’un air gai vers le palais. Ses yeux brillaient. Il avait de beaux cheveux longs. Mais ses habits étaient assez pauvres.

Il portait sur son dos une petite valise…

La vérité, c'est qu'ayant atteint la porte du château, il ne fut nullement intimidé par les suisses, ni par les gardes aux uniformes brodés d’argent, ni par les laquais tous galonnés d’or. Lorsqu’on voulut le faire attendre au bas de l’escalier, il dit : « Merci, c’est trop ennuyeux de faire le pied de grue. » Il monta sans plus attendre et pénétra dans les salons illuminés de centaines de lustres. Il n’en fut pas ébloui. Là, il vit les ministres et les excellences qui, chaussés de pantoufles pour ne pas faire de bruit, encensaient le trône. Les bottes du jeune intrus craquaient affreusement. Tout le monde le regardait avec indignation. Il n’avait pas seulement l’air de s’en apercevoir.


Oui, elles faisaient un bruit diabolique. Lui, comme si de rien était, marcha bravement vers la princesse, qui était assise sur une perle énorme, grosse comme un coussin. Elle était entourée de ses dames d’honneur qui avaient avec elles leurs suivantes. Les chevaliers d’honneur faisaient cercle également : derrière eux se tenaient leurs domestiques, accompagnés de leurs grooms. C’étaient ces derniers qui avaient l’air le plus imposant et le plus rébarbatif. Le jeune homme ne fit même pas attention à eux.
— Ce devait pourtant être terrible que de s’avancer au milieu de tout ce beau monde !  Mais finalement il a donc épousé la princesse ?

Il parla aussi spirituellement... ... comment l’entrevue se passa. Le nouveau venu fut gai, aimable, gracieux. Il était d’autant plus à l’aise qu’il n’était pas venu dans l’intention d’épouser la princesse, mais pour vérifier seulement si elle avait autant d’esprit qu’on le disait. Il la trouva charmante, et elle le trouva à son goût.
Écoute, ne pourrais-tu pas m’introduire au palais ?

 ... dans les beaux appartements du palais.

 Eh bien ! allons, le château n’est pas loin ; à la grille. »

 le petit pain que voici, il l’a pris à l’office où il y a tant et tant de pains, ... Quant à entrer au palais, il n’y faut pas penser :  Les gardes chamarrés d’argent, les laquais vêtus de brocart ne le souffriraient pas. C’est impossible. ... un escalier dérobé par où l’on arrive à la chambre nuptiale, et où en trouver la clef. »

dans le parc par la grande allée, et de même que les feuilles des arbres tombaient l’une après l’autre, de même, sur la façade du palais les lumières s’éteignirent l’une après l’autre. à une porte basse qui était entre-bâillée.

... s’avançait dans l’ombre furtivement. ... était bien là. ... Le signalement donné ... ne ...  paraissait pas applicable à un autre.  Les yeux vifs et intelligents, les beaux cheveux longs, la langue déliée et bien pendue, comme on dit, tout ... désignait ...

... montèrent l’escalier. En haut se trouvait une petite lampe allumée sur un meuble. ... était sur le sol, ...

On voyait, en effet, se dessiner sur la muraille des ombres de chevaux en crinières flottantes, aux jambes maigres, tout un équipage de chasse, des cavaliers et des dames sur les chevaux galopants.

« Ce sont des fantômes  ; ils viennent chercher les pensées de Leurs Altesses pour les mener à la chasse folle des rêves. Cela n’en vaut que mieux. Le prince et la princesse se réveilleront moins aisément, et on aura le temps de les mieux considérer. 

dans une première salle, dont les murs étaient tendus de satin rose brodé de fleurs. Les Rêves y passèrent, s’en revenant au galop, mais si vite, qu'on n’eut pas le temps de voir les pensées de Leurs Altesses, qu’ils emmenaient. Puis dans une autre salle, puis dans une troisième, l’une plus magnifique que l’autre. Oui, certes, il y avait de quoi perdre sa présence d’esprit en voyant ce luxe prodigieux.

Les voici enfin dans la chambre à coucher. Le plafond en cristal formait une large couronne de feuilles de palmier. Au milieu s’élevait une grosse tige d’or massif, qui portait deux lits semblables à des fleurs de lis : l’un blanc, où reposait la princesse ; l’autre couleur de feu, où reposait le prince. On releva une des feuilles jaune-rouge, qu’on rabaissait le soir ; on vit la nuque du dormeur, dont les bras cachaient le visage. cette nuque légèrement brune, ... tenant la lampe en avant pour qu’il ... vît en ouvrant les yeuxLes fantômes du rêve arrivèrent au triple galop, ramenant l’esprit du jeune prince. Il s’éveilla, tourna la tête.


Le prince ne laissait pourtant pas d’être un joli garçon. Voilà que la princesse avança sa gentille figure sous les feuilles de lis blanches, et demanda qui était là. « Pauvre petite ! » firent le prince et la princesse attendris. Et ils complimentèrent les deux braves bêtes, les assurèrent qu’ils n’étaient pas fâchés de ce qu’elles avaient fait contre toutes les règles de l’étiquette ; mais leur disant qu’elles ne devaient pas recommencer. Ils leur promirent même une récompense : « Voulez-vous un vieux clocher où vous habiterez toutes seules, ou préférez-vous être élevées à la dignité de corneilles de la chambre, qui vous donnera droit sur tous les restes de la table ? »


Le prince sortit de son lit et y laissa reposer. C’est tout ce qu’il pouvait faire pour elle. ... avec gratitude, «... que les hommes ... ont de la bonté pour ... ! » 
Le lendemain on l’habilla, de la tête aux pieds, de velours et de soie. La princesse lui proposa de rester au château, pour y passer sa vie au milieu des fêtes. ... n’eut garde d’accepter ; elle demanda une petite voiture avec un cheval, et une paire de bottines, pour reprendre son voyage à travers le monde, à la recherche ....
Elle reçut de jolies bottines, et de plus un manchon. Lorsqu’elle fut au moment de partir, elle trouva dans la cour un carrosse neuf, tout en or, armorié aux armes du prince et de la princesse. Les coussins étaient rembourrés de biscuits ; la caisse était remplie de fruits et de pain d’épice. Le cocher, le groom et le piqueur, car il y avait aussi un piqueur, avaient des costumes brodés d’or et une couronne d’or sur la tête.



Le prince et la princesse aidèrent eux-mêmes à monter en voiture et lui souhaitèrent tout le bonheur possible. 
« Adieu, adieu, mignonne ! » dirent le prince et la princesse. Bientôt on eut fait trois lieues.


... le carrosse, qui brillait comme un vrai soleil.
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CINQUIÈME HISTOIRE

LA PETITE FILLE DES BRIGANDS





On arriva dans une forêt sombre ; mais on y voyait très clair à la lueur que jetait le carrosse. Cette lumière attira une bande de brigands, qui se précipitèrent comme les mouches autour de la flamme : « Voilà de l’or, de l’or pur ! » s’écriaient-ils, et ils saisirent les chevaux, tuèrent cocher, groom et piqueur ...
« Je veux entrer dans la voiture, » dit la petite fille des brigands ; et il fallut se prêter à son caprice, car elle était gâtée et entêtée .... et on s’avança dans les profondeurs de la forêt. 
On marchait toujours. Enfin la voiture s’arrêta : on était dans la cour d’un vieux château à moitié en ruine, qui servait de repaire aux bandits. À leur entrée, des vols de nombreux corbeaux s’envolèrent avec de longs croassements.
...
Dans la grande salle toute délabrée brûlait sur les dalles un grand feu ; la fumée s’élevait au plafond et s’échappait par où elle pouvait. Sur le feu bouillait un grand chaudron avec la soupe ; des lièvres et des lapins rôtissaient à la broche.

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SEPTIÈME HISTOIRE

LE PALAIS DE LA REINE DES NEIGES


Tout-à-coup, ... aperçut sur un cheval magnifique qu’elle reconnut (c’était celui qui était attelé au carrosse d’or), une jeune fille coiffée d’un bonnet rouge. Dans les fontes de la selle étaient des pistolets. C’était la petite brigande. Elle en avait eu assez de la vie de la forêt. Elle était partie pour le Nord, avec le projet, si elle ne s’y plaisait pas, de visiter les autres contrées de l’univers.
...
 ... demanda ce qu’étaient devenus le prince et la princesse. « Ils voyagent à l’étranger, » répondit la fille des brigands.




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Traducción de Alejandro Tobar (Fragmentos)




CUARTA HISTORIA
PRÍNCIPE Y PRINCESA


En este reino en que nos encontramos vive una princesa con una inteligencia formidable, formidable hasta el punto de que ha leído todos los periódicos del mundo y los ha vuelto a olvidar: así de lista es. Al parecer, estaba hace poco sentada en el trono, lo cual es bastante aburrido, cuando de pronto se puso a tararear una canción, ésta: "¿Y si decidiera casarme? Sí, ¿por qué no?" Y con la misma se empeñó en la idea, pero debía ser con un hombre que supiera qué responder cada vez que ella le hablara, alguien que fuera algo más que una percha de buen porte, porque no hay nada más aburrido. Así pues, la princesa convocó a todas las damas de la corte, y éstas, al conocer las intenciones de la princesa, se alegraron.
"¡Qué bien!" dijeron. "A mí también se me ocurrió no hace mucho".
... (Tobar traduce "navnetræk" como "el monograma" donde Moland tiene "le chiffre")


Se presentaron muchos candidatos, se produjeron carreras y aglomeraciones, pero no hubo suerte ni el primer ni el segundo día. Fuera, en la calle, todos sabían hablar muy bien, pero tan pronto como atravesaban la puerta del palacio y veían a los guardias vestidos con uniformes plateados y, apostados en los escalones, a los lacayos con trajes dorados, y grandes y luminosos salones, uno tras otro se azoraban; una vez delante del trono en donde se hallaba la princesa, tan solo eran capaces de pronunciar la última palabra dicha por ella, cosa que ella no tenía ningún interés en volver a escuchar. Era como si ... se hubieran amodorrado, un efecto que no cesaba hasta que regresaban a la calle; entonces sí, volvían a expresarse sin ningún problema.
...
Fue al tercer día cuando se presentó en el lugar una personita sin montura ni carro, quien con andar ufano se dirigió al palacio. Sus ojos brillaban ... y su pelo era largo y hermoso, ¡pero su ropa lucía ajada!
¡Llevaba un pequeño fardo a la espalda!
...
Debió de expresarse ... bien ... Se mostró galante y apuesto, pero no se había presentado para postularse como pretendiente, sino simplemente para gozar de la inteligencia de la princesa, ¡y vaya si lo hizo!, al igual que ella gozó de la de él.

...
Él se despertó, volvió la cabeza...
...
Era joven y guapo.
...
"¡Qué buenos son los seres humanos ... !"
...
Los estandartes del príncipe y la princesa brillaban igual que una estrella. Cochero, criados y postillones (incluso había postillones) lucían coronas de oro.
El príncipe y la princesa ... ayudaron a subir al vehículo y ... desearon la mejor de las suertes.
...
El interior del carruaje estaba forrado por rosquillas de azúcar y en los asientos había frutas y galletas de repostería.
---¡Adiós, adiós! ---gritaban el príncipe y la princesa.



QUINTA HISTORIA

LA PEQUEÑA BANDOLERA


Atravesaron el corazón del oscuro bosque, y el carruaje centelleaba como una antorcha capaz de herir los ojos de los salteadores de caminos, de tal manera que no podían soportarlo.
---¡Es oro! ¡Es oro! ---gritaron los bandoleros, que arremetieron contra el vehículo, frenaron los caballos, acabaron con la vida de postillones, cochero y criados ...



SÉPTIMA HISTORIA
LO QUE SUCEDIÓ ANTES Y DESPUÉS EN EL PALACIO DE LA REINA DE LAS NIEVES 


... el bosque mostró sus primeros brotes verdes y de estos surgió un hermoso corcel que ... (el mismo que había tirado de la carroza de oro), montado por una joven con un gorro rojo en la cabeza y pistolas al cinto. Se trataba de la pequeña bandolera, quien, aburrida de estar en casa, había puesto rumbo al norte, y, si por acaso no quedaba satisfecha, quizá luego a otras regiones.
...
Pero ... la interrumpió al ... preguntarle por el príncipe y la princesa.
---¡Se han ido de viaje al extranjero! ---contestó la joven bandolera.






sábado, 30 de septiembre de 2017

SUR JEAN LORRAIN ET NEIGHILDE

Poète, même en verre. Poésie et poétique du conte-bibelot autour de 1900

Poet, even with Glass. Poetry and Poetics of the Ornament-Fairy Tale in the 1900s
Cyril Barde

Des vies encloses : les Princesses d’ivoire et d’ivresse de Jean Lorrain

Contes d’ivoire et de nacre : un « devenir-bibelot »


14Si les prodiges des verriers Art nouveau font germer le conte à l’intérieur même de l’écriture critique, le conte fin-de-siècle cherche réciproquement l’effet poétique dans ce « devenir-bibelot » dont parle Bernard Vouilloux. Nous proposerons de lire le recueil des Princesses d’ivoire et d’ivresse de Jean Lorrain, publié chez Ollendorff en 1902, comme une œuvre exemplaire de ce processus. Jean Lorrain ne cesse de matérialiser son recueil. Ses princesses sont « d’ivoire et d’ivresse », « d’ambre et d’Italie », ses princes « de nacre et de caresse », tandis que d’autres contes se parent « de givre et sommeil » quand ils ne se trament pas « dans la tapisserie ». La métaphore topique de l’écriture-bijou, de l’écrivain ciseleur semble ici remotivée par Lorrain. Rachilde imagine le livre non pas comme la métaphore mais comme le prolongement de la main baguée de l’auteur :

Jean Lorrain poète est supérieur en attitude à Jean Lorrain voitureur des commodes poubelles de la conversation. Il aime la femme en sculpteur dont les doigts seraient trop chargés de bagues et il laisse tomber des gemmes précieuses, sans doute mal serties, sur l’ivoire ou l’argile, comme on pleurerait de vraies larmes d’enthousiasme. En cette nouvelle galerie de statuettes et d’émaux, pas de notes discordantes. La poésie chante seule.
15Dans ces lignes encore, conte et poésie semblent s’amalgamer à la faveur d’une poétique lapidaire. L’image de la larme, que nous avons déjà repérée chez Montesquiou, revient ici de manière intéressante. Elle suggère aussi une analogie entre la forme de la goutte d’eau, ronde et close, et la condensation formelle du conte, petit récit autonome. En outre, le recueil, dans sa matérialité même, tend à se faire objet d’art. La belle couverture Art nouveau réalisée par Manuel Orazi pour l’édition de 1902 y contribue de manière décisive : les princesses hiératiques de l’arrière-plan et l’étrange gnome du premier plan portent d’énigmatiques vases ou coffrets, allégories de la procession des récits dont le recueil s’apparente au geste du collectionneur.

16Le devenir-bibelot s’empare aussi des nombreux personnages caractérisés par leur froideur d’âme. L’ivoire et la nacre dont sont faits ces princes et princesses égoïstes semblent matérialiser leur figement narcissique. Le conte « Narkiss », significativement dédié au bijoutier René Lalique, procède d’une poétique de l’incrustation qui se manifeste déjà dans les sonorités abruptes de son titre. Le jeune homme dédaigneux, amoureux de lui-même, ne se métamorphose pas en fleur sous la plume de Lorrain. Il devient littéralement gemme, fait corps avec une nature elle-même pétrifiée, un paysage minéralisé. Les princesses vaniteuses sont quant à elles vouées à leur miroir, à la glace métonymique de leur cœur gelé.

Contes de givre : enclore une « poésie d’âme simple »


19Gallé, nous l’avons vu plus haut, est apprécié des écrivains de la fin du siècle parce qu’il sait spiritualiser la matière, lui infuser son rêve ou peut-être quelque chose de plus fugace encore, de plus essentiel aussi : la dimension même du temps. L’attention portée par bien des écrivains aux effets de givre ou de glace obtenus par Gallé peut être lue ainsi. Le givre et la glace figent un flux, retiennent un instant dans une cristallisation précaire. Il est intéressant de noter que dans le grand roman proustien, les deux mentions explicites des vases de Gallé associent la neige et la glace à un vif souvenir sentimental. La première occurrence intervient alors que le narrateur, en séjour à Balbec, vient d’apercevoir le groupe des jeunes filles en fleurs sur la plage. La phrase sinueuse semble accomplir dans le même temps la métamorphose de la mer en verrerie et la cristallisation du souvenir des jeunes déesses surgies de l’écume :

Au fur et à mesure que la saison s’avança, changea le tableau que j’y trouvais dans la fenêtre. D’abord il faisait grand jour, et sombre seulement s’il faisait mauvais temps ; alors, dans le verre glauque et qu’elle boursouflait de ses vagues rondes, la mer, sertie entre les montants de fer de ma croisée comme dans les plombs d’un vitrail, effilochait sur toute la profonde bordure rocheuse de la haie des triangles empennés d’une immobile écume linéamentée avec la délicatesse d’une plume ou d’un duvet dessinés par Pisanello, et fixés par cet émail blanc, inaltérable et crémeux qui figure une couche de neige dans les verreries de Gallé.

20La phrase de Proust saisit magistralement le processus de condensation à l’œuvre dans les verres de Gallé. Il s’agit de capter le flux dans une forme qui ne le fige pas mais préserve sa ductilité. La conjonction de la syntaxe souple et de l’image fixée, de la fragilité et de la solidité, de l’effilé et du durci dit cette tension subtile. La seconde mention de Gallé apparaît dans Le Côté de Guermantes, au moment où le narrateur vient de recevoir la cruelle carte de Mme de Stermaria, qui annule le rendez-vous tant espéré : « Bientôt l’hiver ; au coin de la fenêtre, comme sur un verre de Gallé, une veine de neige durcie. » La neige redouble en quelque sorte la fonction du vase de Gallé : elle cristallise, dans une texture infiniment fragile et délicate, une promesse ou une blessure, une trace du temps toujours promise à l’évanouissement. À ce titre, le verre Art nouveau peut être considéré comme la version élitiste des objets-souvenirs de verre dont le xixe siècle raffole, ainsi que le rappelle Celeste Olalquiaga dans Royaume de l’artifice. Presse-papiers enfermant paysages ou portraits de proches et autres boules de neige de verre sont autant de dispositifs qui visent à « captur[er] [le temps] juste au moment où il paraissait de plus en plus évanescent devant la course folle de la modernité […] : devenu un produit rare, le cristalliser, l’enfermer dans un objet se transforma en obsession culturelle ».

21Nous proposons, à partir de cette réflexion, de remotiver la comparaison suggérée par Philippe Jullian entre les verres de Gallé et les contes de Lorrain. Si les contes des Princesses d’ivoire et d’ivresse semblent placés sous une couche de givre — ou de verre —, c’est qu’ils fonctionnent à leur tour comme ces objets-souvenirs, chargés d’enclore une trace du passé. Le conte givré retient la poésie des temps enfuis, du temps perdu de l’enfance. Le recueil est significativement situé sous le signe de l’hiver et de la cristallisation qui caractérise cette saison, dont le nom résonne heureusement avec « verre ». La préface s’ouvre sur l’évocation des « ciels mouillés de décembre » qui inspirent le désir de retrouver, au coin du feu et dans le secret de la chambre, les contes de l’enfance. Il s’agit bien de préserver des récits disparus et délicieusement surannés, « remplacés aujourd’hui par des livres de voyages et de découvertes scientifiques ». Il s’agit donc, pour le conteur, de retrouver le charme des contes du Nord, « semés de flocons de neige» que lui rapportaient les matelots de Terre-Neuve, de préserver cette « poésie d’âme simple », c’est-à-dire leur aura. De ces récits primitifs, le conteur a particulièrement retenu la figure de la Reine des Neiges qui vient « du bout de ses doigts raidis, dessiner sur les vitres les grandes fleurs fantasques et les arborescences du givre ». C’est encore le rêve de l’hiver et du verre qui s’impose à Lorrain lorsqu’il s’agit de passer en revue les personnages qui peuplent le recueil. La brève énumération se clôt ainsi :

[…] d’autres figures plus mystérieuses […] apparaissent enfin çà et là, sous le clair de lune et la neige floconnante, dans la magie glacée des nuits d’hiver… Captives dans des châsses de verre, […] elles descendent à la dérive les eaux lentes des fleuves ou dorment sous les coraux blancs des forêts immobilisées par le gel : des gnomes vêtus de vert les gardent et ce sont les reines de givre et de sommeil, les albes princesses de l’Hiver.
Les cristallisations hivernales et l’objet de verre se rencontrent dans une rêverie matérielle qui engage tout le recueil. Conte de givre, conte d’hiver, le récit emprunte à la matière cristallisée sa capacité à capturer la trace d’une émotion, d’un sentiment, d’un souvenir.

22Le motif de la relique, qui culmine dans la dernière section du recueil (« Contes de givre et de sommeil »), peut être pensé dans la perspective de la poétique — et de la poésie — du conte de Jean Lorrain. Le devenir-bibelot du recueil, sa « féerie gelée » qui s’acharne à incruster, enchâsser, capturer et pétrifier ses personnages, semble vouloir préserver le charme évanescent d’une époque révolue et l’aura de récits anciens, menacés par le règne du scientisme. Bertrade, l’héroïne de « La Princesse sous verre », subit le sort des récits d’antan. Oubliée et méprisée, « enfermée dans sa châsse aérienne » après de longues années de dévotion, elle n’évoque plus rien aux profanes qu’« une vague héroïne de conte». La fin du texte lui promet pourtant une nouvelle fraîcheur et rend à « la châsse de cristal, reluisante et lavée, […] l’éclat des anciens jours ». Le conte « Neighilde », également situé dans la section des « Contes de givre et de sommeil », et inspiré de « La Reine des Neiges » d’Andersen, peut aussi se prêter à une lecture métatextuelle. Le petit Kaï est captif du palais glacé de Neighilde, telle « une relique dans une châsse de verre ». Élevé au milieu des contes de sa grand-mère, il rappelle étrangement l’enfant de la préface du recueil, captivé par les récits des marins de Terre-Neuve. Kaï serait la personnification de cette enfance enfuie que les contes des Princesses tentent malgré tout d’enclore et de préserver. Dès lors, le conteur adulte se projetterait moins dans la figure de Kaï que dans celle de Neighilde, gardant jalousement le jeune garçon dans sa colonne de glace, bientôt délivré par la tiédeur des pleurs de Gerda. Cependant, la libération de l’enfant et la promesse du printemps ne peuvent coïncider qu’avec la fin du texte. Les contes du recueil, qui tiennent — et disparaissent — avec la glace des palais de Neighilde, pourraient se lire comme autant de chambres de givre promises à la fonte, de châsses de verre fragiles où le conteur contemple mélancoliquement ses personnages endormis et prisonniers. Le recueil se fait cercueil de glace et de cristal. Lorrain aime les contes, en ces temps de positivisme et de scientisme, comme on aime les mortes, comme on se voue aux reliques. Aimer les contes, c’est pour lui savoir enclore leur « poésie d’âme simple », protéger sous une couche de givre et de neige l’émotion fragile qu’ils suscitent. La poésie du récit merveilleux, comme celle des verres de Gallé, réside surtout dans la condensation d’une « atmosphère de féerie et de rêve». Croire au conte, autour de 1900, c’est donc avant tout croire aux pouvoirs d’une écriture capable de préserver la féerie ensommeillée, dans l’attente d’une reverdie qui rendra les reliques à la ferveur primitive. Ainsi apparaît la Princesse sous verre, à la fin du texte, après avoir pardonné au prince sacrilège qui l’a mutilée : « [Elle] rayonnait étincelante d’une surnaturelle clarté ; autour d’elle la neige floconnait douce et lente, et, sous le translucide reliquaire de cristal, son front transparaissait orné de roses de Noël, non plus factices, mais fraîches écloses. »
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Notes
30 Voir C. Barde, « Jean Lorrain et le merveilleux Art Nouveau », dans P.-J. Dufief et G. Mélison-Hrichwald (éds), Écrire en artistes des Goncourt à Proust, Paris, Honoré Champion, 2016, p. 246-250.
40 C. Olalquiaga, Royaume de l’artifice. L’Émergence du kitsch au xixe siècle, Lyon, Fage, 2013, p. 62.

sábado, 4 de junio de 2016

A DANDY PRINCE AND A FLAPPER PRINCESS

I think I've got a pair of new favourite TSQ-IV illustrations, sharing place with Christian Birmingham's "At the Court": these rarities by Ekaterina Volzhina.
She recreates "The Snow Queen" in the Belle Époque: for instance, the titular character drives a horseless carriage (instead of a one-horse open sleigh).
But what I adore the most is her portrayal of my favourite characters in the tale and of their courtly surroundings:

Here we can see the clever prince and princess as portrayed by Volzhina.
She is a Brainy Brunette and he is equally dark-haired, as usual through the iconography of these characters.
His hair is long, while hers is short. And he dresses more sharply, while she dresses more modestly.
One of the reasons why I adore these two secondary characters (aside from their good looks, kindness, and intellectual level) is their deviance from gender roles: the princess is described first as "of unusual cleverness" ("uhyre klog", "umnitsa, chto i szkazaty nelyzya"); while the prince is described first as "dashing and charming" ("frejdig og nydelig", "svobodno i milo"), and then, when he is seen in person, as "young and handsome" ("ung og smuk", "molod i krasnv"). And, since her version is set in the Belle Époque, Volzhina has made her princess a FLAPPER (with a bob of nutbrown Boyish Short Hair, a modest white gown, and the typical flapper hair dec) and her prince a DANDY (in a rose-red coat and bow ascot, with long flowing auburn tresses upon his shoulders)!!!! I FRICKING ADOOOORE THIIIS!!! <3 <3 <3 <3 <3 
Note also that they are in the typical arrangement of a married or bridal couple (she's on the left and he's on the right), hinting at their relationship and also that they are wearing the colours of their lily beds: she is wearing white (for purity) and he is wearing rose-red (the word used in Russian to translate both "röd", red/scarlet, and "smuk", handsome, happens to be the same colour adjective, "krasny")!!!
The six-petal flower motif in the frame is also the flower in the bedchamber stainglass windows, which ties in to the bedchamber picture pretty nicely... <3 <3 <3 <3 and those cool colours suggesting intelligence, distance, and tranquillity, with that starry night-sky background... <3 <3 <3 <3
The initial Cyrillic P is also a palace archway with the same cool colours,nsix-petal flower, mirrored leaves, and night sky motifs, which is yet another adorable detail that ties in to the bedchamber scene... <3 <3 <3 <3 


The lily-shaped beds in the bedchamber. Notice also the princess's flapper bob contrasting with the prince's long dandy locks, as well as the lanterns hanging above them and the floral motifs (same flowers as in the frame, same symmetric leaves as on the P) on the stainglass window... I simply lack words to describe these wonderful pictures!!! This one in particular features soothing cool colours to suggest the midnight athmosphere: even the lanterns and the prince's lily bed, supposed to be rose-red, appear a mauve shade in the moonlight!!! <3 <3 <3 <3 <3

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As a plus, here are Manuela Adreani's TSQ-IV illustrations and my commentary on them:

In this illustration, her face is not shown, but the clever princess is once more a Brainy Brunette as usual, while her daring suitor is golden-haired.
Neither one's faces are seen, which lends the scene an air of intimity and obscurity (she is seen from behind, half her hair hidden behind the curtain, while he boldly and deftly peers in as he opens the door). Likewise, the curtain is a device reminiscent of baroque art and its conception of the world as a stage.
Her attire is mostly white (with a steel-blue flower pattern) as usual, while he wears green. Notice that his golden hair, and her pearly throne and red shoes, are the only contrasting notes of warm colour aside from their skin.
The picture, in which serene and detached cool colours dominate, features a lot of patterns in the throne room: flowers on her gown, hearts on the curtain (a reference to the border of hearts on her proclamation?), geometric motifs on the floor, and Art Nouveau floral motifs on the wall. Through the plain, unpatterned door enters the youth in a plain green suit: he is entering the heart of her realm, the man of the world ready to win the fated test-interview with destiny and win his sheltered bride.

Ghostly dreams of armed lancers on gargoyle-like steeds cast their sinister shadows on the hallway pavement and walls. Here, cool colours have given way to warmer shades, but patterns are still a leitmotif in the castle of this Fourth Story: chartreuse geometrical patterns and four-petal flowers deck the sky-blue floor, while golden baroque/Louis XIV motifs gild the glittering walls.

jueves, 14 de enero de 2016

TSQ-IV: FRANCE, 1879 (LOUIS MOLAND)

Here's the best French translation (Dumas and Diaz aside, those are translated expanded adaptations) I have fricking found of the Fourth Story of the Snow Queen. It appears to be translated direct from the Danish, but retold in such a French style that what comes to my mind is rather Voltaire. One of my favourite French authors. So yes, this is written à la manière de Voltaire. As if he had been the original author. It also sounds like a chanson by Clesse or Brel (albeit less than like a Voltairian tale).

The illustrations are by a Frenchman known as Yan d'Argent. Art Nouveau, as you readers will see. This is an encouragement, like a carrot for me to finish with a university task.



Traduction de Louis Moland.
Garnier, 1873




La Reine des Neiges/4



QUATRIÈME HISTOIRE

PRINCE ET PRINCESSE



Dans le royaume ... règne une princesse qui a de l’esprit comme un ange. C’est qu’elle a lu toutes les gazettes qui s’impriment dans l’univers, et surtout qu’elle a eu la sagesse d’oublier tout ce qu’elle y a lu. Dernièrement, elle était assise sur son trône, et par parenthèse il paraît qu’être assis sur un trône n’est pas aussi agréable qu’on le croit communément et ne suffit pas au bonheur. Pour se distraire, elle se mit à chanter une chanson : la chanson était par hasard celle qui a pour refrain

Pourquoi donc ne me marierai-je pas ?

«Mais en effet, se dit la princesse, pourquoi ne me marierai-je pas ? » Seulement il lui fallait un mari qui sût parler, causer, lui donner la réplique. Elle ne voulait pas de ces individus graves et prétentieux, ennuyeux et solennels. Au son du tambour, elle convoqua ses dames d’honneur et leur fit part de l’idée qui lui était venue. « C’est charmant, lui dirent-elles toutes ; c’est ce que nous nous disons tous les jours : pourquoi la princesse ne se marie-t-elle pas ?

Donc, les journaux du pays, bordés pour la circonstance d’une guirlande de cœurs enflammés entremêlés du chiffre de la princesse, annoncèrent que tous les jeunes gens d’une taille bien prise et d’une jolie figure pourraient se présenter au palais et venir deviser avec la princesse : celui d’entre eux qui causerait le mieux et montrerait l’esprit le plus aisé et le plus naturel, deviendrait l’époux de la princesse.
Oui, oui, c’est comme cela que les choses se passèrent ;

Les jeunes gens accoururent par centaines. Mais ils se faisaient renvoyer l’un après l’autre. Aussi longtemps qu’ils étaient dans la rue, hors du palais, ils babillaient comme des pies. Une fois entrés par la grande porte, entre la double haie des gardes chamarrés d’argent, ils perdaient leur assurance. Et quand des laquais, dont les habits étaient galonnés d’or, les conduisaient par l’escalier monumental dans les vastes salons, éclairés par des lustres nombreux, les pauvres garçons sentaient leurs idées s’embrouiller ; arrivés devant le trône où siégeait majestueusement la princesse, ils ne savaient plus rien dire, ils répétaient piteusement le dernier mot de ce que la princesse leur disait, ils balbutiaient. Ce n’était pas du tout l’affaire de la princesse.

On aurait dit que ces malheureux jeunes gens étaient tous ensorcelés et qu’un charme leur liait la langue. Une fois sortis du palais et de retour dans la rue, ils recouvraient l’usage de la parole et jasaient de plus belle.

Ce fut ainsi le premier et le second jour. Plus on en éconduisait, plus il en venait ; on eût dit qu’il en sortait de terre, tant l’affluence était grande. C’était une file depuis les portes de la ville jusqu’au palais.

Ceux qui attendaient leur tour dans la rue eurent le temps d’avoir faim et soif. Les plus avisés avaient apporté des provisions ; ils se gardaient bien de les partager avec leurs voisins : « Que leurs langues se dessèchent ! pensaient-ils ; comme cela ils ne pourront pas dire un mot à la princesse ! » 
Quand parut-il ? Était-il parmi la foule ?

Nous arrivons justement à lui. Le troisième jour on vit s’avancer un petit bonhomme qui marchait à pied. Beaucoup d’autres venaient à cheval ou en voiture et faisaient les beaux seigneurs. Il se dirigea d’un air gai vers le palais. Ses yeux brillaient. Il avait de beaux cheveux longs. Mais ses habits étaient assez pauvres.

Il portait sur son dos une petite valise…

La vérité, c'est qu'ayant atteint la porte du château, il ne fut nullement intimidé par les suisses, ni par les gardes aux uniformes brodés d’argent, ni par les laquais tous galonnés d’or. Lorsqu’on voulut le faire attendre au bas de l’escalier, il dit : « Merci, c’est trop ennuyeux de faire le pied de grue. » Il monta sans plus attendre et pénétra dans les salons illuminés de centaines de lustres. Il n’en fut pas ébloui. Là, il vit les ministres et les excellences qui, chaussés de pantoufles pour ne pas faire de bruit, encensaient le trône. Les bottes du jeune intrus craquaient affreusement. Tout le monde le regardait avec indignation. Il n’avait pas seulement l’air de s’en apercevoir.


Oui, elles faisaient un bruit diabolique. Lui, comme si de rien était, marcha bravement vers la princesse, qui était assise sur une perle énorme, grosse comme un coussin. Elle était entourée de ses dames d’honneur qui avaient avec elles leurs suivantes. Les chevaliers d’honneur faisaient cercle également : derrière eux se tenaient leurs domestiques, accompagnés de leurs grooms. C’étaient ces derniers qui avaient l’air le plus imposant et le plus rébarbatif. Le jeune homme ne fit même pas attention à eux.
— Ce devait pourtant être terrible que de s’avancer au milieu de tout ce beau monde !  Mais finalement il a donc épousé la princesse ?

Il parla aussi spirituellement... ... comment l’entrevue se passa. Le nouveau venu fut gai, aimable, gracieux. Il était d’autant plus à l’aise qu’il n’était pas venu dans l’intention d’épouser la princesse, mais pour vérifier seulement si elle avait autant d’esprit qu’on le disait. Il la trouva charmante, et elle le trouva à son goût.
Écoute, ne pourrais-tu pas m’introduire au palais ?

 ... dans les beaux appartements du palais.

 Eh bien ! allons, le château n’est pas loin ; à la grille. »

 le petit pain que voici, il l’a pris à l’office où il y a tant et tant de pains, ... Quant à entrer au palais, il n’y faut pas penser :  Les gardes chamarrés d’argent, les laquais vêtus de brocart ne le souffriraient pas. C’est impossible. ... un escalier dérobé par où l’on arrive à la chambre nuptiale, et où en trouver la clef. »

dans le parc par la grande allée, et de même que les feuilles des arbres tombaient l’une après l’autre, de même, sur la façade du palais les lumières s’éteignirent l’une après l’autre. à une porte basse qui était entre-bâillée.

... s’avançait dans l’ombre furtivement. ... était bien là. ... Le signalement donné ... ne ...  paraissait pas applicable à un autre.  Les yeux vifs et intelligents, les beaux cheveux longs, la langue déliée et bien pendue, comme on dit, tout ... désignait ...

... montèrent l’escalier. En haut se trouvait une petite lampe allumée sur un meuble. ... était sur le sol, ...




On voyait, en effet, se dessiner sur la muraille des ombres de chevaux en crinières flottantes, aux jambes maigres, tout un équipage de chasse, des cavaliers et des dames sur les chevaux galopants.

« Ce sont des fantômes  ; ils viennent chercher les pensées de Leurs Altesses pour les mener à la chasse folle des rêves. Cela n’en vaut que mieux. Le prince et la princesse se réveilleront moins aisément, et on aura le temps de les mieux considérer. 

dans une première salle, dont les murs étaient tendus de satin rose brodé de fleurs. Les Rêves y passèrent, s’en revenant au galop, mais si vite, qu'on n’eut pas le temps de voir les pensées de Leurs Altesses, qu’ils emmenaient. Puis dans une autre salle, puis dans une troisième, l’une plus magnifique que l’autre. Oui, certes, il y avait de quoi perdre sa présence d’esprit en voyant ce luxe prodigieux.

Les voici enfin dans la chambre à coucher. Le plafond en cristal formait une large couronne de feuilles de palmier. Au milieu s’élevait une grosse tige d’or massif, qui portait deux lits semblables à des fleurs de lis : l’un blanc, où reposait la princesse ; l’autre couleur de feu, où reposait le prince. On releva une des feuilles jaune-rouge, qu’on rabaissait le soir ; on vit la nuque du dormeur, dont les bras cachaient le visage. cette nuque légèrement brune, ... tenant la lampe en avant pour qu’il ... vît en ouvrant les yeuxLes fantômes du rêve arrivèrent au triple galop, ramenant l’esprit du jeune prince. Il s’éveilla, tourna la tête.

Le prince ne laissait pourtant pas d’être un joli garçon. Voilà que la princesse avança sa gentille figure sous les feuilles de lis blanches, et demanda qui était là. « Pauvre petite ! » firent le prince et la princesse attendris. Et ils complimentèrent les deux braves bêtes, les assurèrent qu’ils n’étaient pas fâchés de ce qu’elles avaient fait contre toutes les règles de l’étiquette ; mais leur disant qu’elles ne devaient pas recommencer. Ils leur promirent même une récompense : « Voulez-vous un vieux clocher où vous habiterez toutes seules, ou préférez-vous être élevées à la dignité de corneilles de la chambre, qui vous donnera droit sur tous les restes de la table ? »
Le prince sortit de son lit et y laissa reposer. C’est tout ce qu’il pouvait faire pour elle. ... avec gratitude, «... que les hommes ... ont de la bonté pour ... ! » 
Le lendemain on l’habilla, de la tête aux pieds, de velours et de soie. La princesse lui proposa de rester au château, pour y passer sa vie au milieu des fêtes. ... n’eut garde d’accepter ; elle demanda une petite voiture avec un cheval, et une paire de bottines, pour reprendre son voyage à travers le monde, à la recherche ....
Elle reçut de jolies bottines, et de plus un manchon. Lorsqu’elle fut au moment de partir, elle trouva dans la cour un carrosse neuf, tout en or, armorié aux armes du prince et de la princesse. Les coussins étaient rembourrés de biscuits ; la caisse était remplie de fruits et de pain d’épice. Le cocher, le groom et le piqueur, car il y avait aussi un piqueur, avaient des costumes brodés d’or et une couronne d’or sur la tête.
Le prince et la princesse aidèrent eux-mêmes à monter en voiture et lui souhaitèrent tout le bonheur possible. 
« Adieu, adieu, mignonne ! » dirent le prince et la princesse. Bientôt on eut fait trois lieues.

... le carrosse, qui brillait comme un vrai soleil.
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CINQUIÈME HISTOIRE

LA PETITE FILLE DES BRIGANDS


On arriva dans une forêt sombre ; mais on y voyait très clair à la lueur que jetait le carrosse. Cette lumière attira une bande de brigands, qui se précipitèrent comme les mouches autour de la flamme : « Voilà de l’or, de l’or pur ! » s’écriaient-ils, et ils saisirent les chevaux, tuèrent cocher, groom et piqueur ...
« Je veux entrer dans la voiture, » dit la petite fille des brigands ; et il fallut se prêter à son caprice, car elle était gâtée et entêtée .... et on s’avança dans les profondeurs de la forêt. 
On marchait toujours. Enfin la voiture s’arrêta : on était dans la cour d’un vieux château à moitié en ruine, qui servait de repaire aux bandits. À leur entrée, des vols de nombreux corbeaux s’envolèrent avec de longs croassements.
...
Dans la grande salle toute délabrée brûlait sur les dalles un grand feu ; la fumée s’élevait au plafond et s’échappait par où elle pouvait. Sur le feu bouillait un grand chaudron avec la soupe ; des lièvres et des lapins rôtissaient à la broche.
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SEPTIÈME HISTOIRE

LE PALAIS DE LA REINE DES NEIGES


Tout-à-coup, ... aperçut sur un cheval magnifique qu’elle reconnut (c’était celui qui était attelé au carrosse d’or), une jeune fille coiffée d’un bonnet rouge. Dans les fontes de la selle étaient des pistolets. C’était la petite brigande. Elle en avait eu assez de la vie de la forêt. Elle était partie pour le Nord, avec le projet, si elle ne s’y plaisait pas, de visiter les autres contrées de l’univers.
 ... demanda ce qu’étaient devenus le prince et la princesse. « Ils voyagent à l’étranger, » répondit la fille des brigands.